Augmentation de la flat tax : quid de l’avenir ?
La flat tax est passée à 31,4 %, vous l’avez probablement lu. Mais ce chiffre ne raconte qu’une partie de l’histoire.
Que l’on soit salarié, chef d’entreprise, profession libérale ou retraité, la fiscalité française cultive un degré de sophistication rarement égalé.
Entre l’impôt sur le revenu, les différentes strates des prélèvements sociaux, la taxe PUMa, la CEHR et l’ajout de contributions telles que la CDHR ou la taxe sur les holdings, le millefeuille fiscal français se complexifie d’année en année.
Le mot de Louis Beaucamp, Responsable éditorial et communication
« En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. »
Des idées qui assurent à coup sûr de beaux jours aux avocats fiscalistes (au cas où vous envisageriez une reconversion).
⚖️ Introduit en 2018, le prélèvement forfaitaire unique (PFU), la fameuse flat tax, a instauré une taxation des revenus du capital fixée à 30 % (une référence devenue familière pour tous les épargnants, des néophytes aux plus aguerris).
Certes, les contribuables aux revenus les plus élevés pouvaient déjà supporter une imposition supérieure, notamment avec la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR). Mais dans l’ensemble, le cadre fiscal restait relativement lisible.
Cet équilibre a été bousculé en 2026 par le relèvement du taux de CSG applicable à certains revenus du capital, passé de 9,2 % à 10,6 %.
Conséquence : pour une partie des revenus, le taux forfaitaire atteint désormais 31,4 %.
Et pour certains contribuables, la facture peut monter bien davantage. À cela s’ajoute en effet la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) avec un objectif clair : garantir un taux minimal d’imposition effectif de 20 % (seuil apprécié hors prélèvements sociaux).
En cumulant PFU, CEHR et CDHR, le taux effectif d’imposition sur les dividendes ou certaines plus-values peut désormais grimper jusqu’à 38,6 % !
Dès lors, peut-on encore réellement parler de « flat tax », alors même que le taux affiché n’a plus rien d’un repère uniforme et prévisible ? Quelles conséquences faut-il en tirer et comment adapter sa stratégie patrimoniale ?
🧭 SOMMAIRE
Augmentation de la flat tax : ce qui change réellement
Comprendre l’augmentation de la flat tax : historique des prélèvements sociaux
Faut-il adapter sa stratégie patrimoniale face à l’évolution de la flat tax ?
Augmentation de la flat tax : ce qui change réellement
En réalité, il ne s’agit pas d’une augmentation de la flat tax (expression de comptoir), mais d’une augmentation du prélèvement forfaitaire unique (PFU), terme juridiquement exact.
🧶 Anatomie de l’évolution du PFU
La hausse du PFU ne résulte pas d’une modification de sa composante d’impôt sur le revenu, qui demeure fixée à 12,8 %, mais d’un relèvement de sa composante sociale applicable à certains revenus du capital.
Le PFU se décompose ainsi désormais en :
12,8 % d’impôt sur le revenu (IR) → CGI, art. 200 A.
18,6 % de prélèvements sociaux (PS), eux-mêmes répartis en :
10,6 % de contribution sociale généralisée (CSG) → CSS, art. L. 136-8, I, 2°.
0,5 % de contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) → Ord. n° 96-50 du 24 janvier 1996, art. 15 et 19.
7,5 % de prélèvement de solidarité → CGI, art. 235 ter.
La CSG est passée de 9,2 % à 10,6 % (faisant ainsi basculer la flat tax de 30 % à 31,4 %) pour les revenus du capital entrant dans le champ de cette hausse.
🎯 Les revenus financiers concernés par l’augmentation de la flat tax à 31,4 %
Juridiquement, l’article L. 136-8 du Code de la sécurité sociale (CSS) distingue bien :
10,6 % pour les contributions sociales visées aux articles L. 136-6 et L. 136-7 du CSS ;
mais le même article prévoit, à son IV, plusieurs exceptions maintenues à 9,2 %.
Si vous avez lu tout le tableau, félicitations, vous venez d’entrer dans l’une des spécialités françaises les mieux préservées : la fiscalité à tiroirs.
Voici les deux éléments à retenir selon nous :
🛡️ L’assurance-vie conserve un statut à part
Contrairement à un compte-titres ordinaire (CTO) ou un plan d’épargne en actions (PEA), les gains retirés de l’assurance-vie ne sont pas concernés par la hausse des prélèvements sociaux.
Cela contribue à maintenir l’attractivité fiscale de l’assurance-vie.
📦 L’aspect capitalisant de l’assurance-vie et du PEA
L’assurance-vie et le PEA, deux enveloppes fiscales très françaises, ont un point commun essentiel : ce sont des enveloppes capitalisantes. Autrement dit :
il est possible d’y effectuer des achats et des ventes sans déclencher immédiatement la fiscalité ;
la fiscalité ne se déclenche, en principe, qu’au moment d’un retrait ou d’un rachat vers le compte courant personnel.
À l’inverse, sur un compte-titres ordinaire (CTO), la fiscalité s’applique dès lors qu’il y a :
une cession avec plus-value ;
la perception de dividendes ;
ou l’encaissement d’intérêts.
L’augmentation de la flat tax renforce donc l’intérêt de cette logique de capitalisation.
Au-delà des aspects techniques, certains investisseurs pourraient légitimement s’exclamer : « Mais jusqu’où irons-nous, par Toutatis ? »
Autrement dit : jusqu’où la pression fiscale sur le capital peut-elle aller ?
📈 Comprendre l’augmentation de la flat tax : historique des prélèvements sociaux
L’histoire des prélèvements sociaux sur le capital est celle d’une montée progressive par strates, au fil des lois de financement depuis 1991.
Le point d’arrivée est toutefois très concret : la composante sociale atteint désormais 18,6 % pour la majorité des revenus du capital.
🪙 Pile : un État qui prélève
Cette trajectoire s’explique notamment par le contexte budgétaire. Plus un pays choisit de mutualiser la retraite, la santé, etc., plus il doit dégager des ressources pour les financer.
Le mot de Matthias Michelin, Directeur général adjoint
« L’augmentation de la flat tax constitue un levier immédiat pour soutenir des finances publiques fragilisées. Elle illustre une approche court terme, privilégiée au détriment de réformes structurelles plus exigeantes mais politiquement coûteuses.
Dans ce contexte, notre rôle est d’adapter les stratégies patrimoniales pour limiter l’impact fiscal, en utilisant les leviers à notre disposition. »
Le débat ne porte donc pas seulement sur le niveau des prélèvements, mais aussi sur leur destination. En France, l’État collecte beaucoup et redistribue beaucoup. Mais pour quels résultats ?
Autrement dit, le vrai sujet n’est pas seulement « combien prélève-t-on ? », mais aussi « comment, sur qui, et pour quoi faire ? ».
🪙 Face : un État qui redistribue
Derrière l’étiquette de « prélèvements sociaux », tout ne va pas dans la même poche : la CSG finance les comptes sociaux, la CRDS sert à rembourser la dette sociale, et le prélèvement de solidarité revient au budget de l’État.
Et cela ne représente qu’un étage du système. Car l’État et la sphère sociale se financent aussi par bien d’autres canaux : TVA, impôt sur le revenu, cotisations sociales, taxes affectées, etc.
Pour soutenir ce modèle, la France fait donc partie des pays où les prélèvements obligatoires sont les plus élevés. Mais cette intensité fiscale a un prix : un consentement à l’impôt de plus en plus fragile lorsque la contrepartie devient moins lisible.
Car des prélèvements élevés peuvent être acceptés, à condition que leur finalité soit comprise, et leur usage perçu comme efficace. À l’inverse, ils deviennent beaucoup plus difficiles à faire accepter lorsque s’installent la complexité, l’illisibilité ou le mauvais emploi des ressources.
⚖️ Trouver un point d’équilibre fiscal
Au fond, l’État cherche à préserver un équilibre fragile :
prélever suffisamment pour financer la redistribution et des services publics de qualité ;
sans affaiblir l’assiette taxable, l’attractivité du territoire et la croissance économique.
Question : jusqu’à quel point une hausse des taux accroît-elle réellement les recettes publiques, sans décourager l’activité ni fragiliser l’attractivité fiscale ?

Les économistes n’ont toujours pas trouvé le bouton de réglage parfait : redistribution, attractivité, services publics, stabilité des règles, consentement à l’impôt… en fiscalité, la réalité déborde toujours les modèles. Et des exemples de pays qui déjouent les raisonnements trop simples, il en existe à la pelle.
Faut-il adapter sa stratégie face à l’évolution de la flat tax ?
Comme évoqué plus haut, l’augmentation de la flat tax n’est qu’une partie du sujet. Pour tirer des conclusions utiles, il faut prendre du recul et raisonner sur l’ensemble de sa situation patrimoniale, fiscale et personnelle.
Le mot de Nicolas Decaudain, Président
« Tout sujet économique, financier ou juridique a, d’une manière ou d’une autre, une toile de fond politique.
Mais notre rôle n’est pas de trancher quel serait le meilleur système. Il est plutôt d’aider chacun à comprendre les règles du jeu, pour mieux agir à son échelle. En somme : se concentrer sur ce qui dépend de nous. »
👤 Partir de sa situation personnelle
En matière patrimoniale, il n’existe pas de solution universelle. Les bonnes décisions dépendent toujours d’un point de départ : nationalité, résidence fiscale, situation familiale, niveau de revenus, patrimoine, dettes, projets de vie, horizon de placement, appétence au risque, mobilité géographique…
Autrement dit, nous ne conseillons pas de la même manière :
un binational proche de la retraite, à cheval entre plusieurs pays ;
un actif trentenaire dont la vie professionnelle, fiscale et familiale est entièrement ancrée en France.
Les stratégies peuvent donc être radicalement différentes d’un profil à l’autre.
🏗️ Diversifier sa stratégie à plusieurs étages
S’il fallait résumer l’enjeu en un mot pour les prochaines années, ce serait celui-ci : diversifier. Dans une logique patrimoniale, cette diversification peut se penser à trois niveaux :
Choisir les meilleures enveloppes (cadre juridique) : PEA, CTO, assurance-vie, plan d’épargne retraite (PER) et/ou contrat de capitalisation.
Choisir les meilleurs intermédiaires (assureurs/banques/courtiers) : BoursoBank, Fortuneo, Revolut, Linxea, Utmost, Swissquote, Trade Republic, etc.
Choisir les meilleurs placements (là où se crée la performance) : ETF actions/obligations, dette privée, private equity, métaux précieux, cryptomonnaies, etc.
Il existe aussi des dispositifs spécifiques de réduction d’impôt :
Nous écartons systématiquement les investissements immobiliers défiscalisants dans le neuf, dont les travers sont bien connus (fortes commissions pour le vendeur, prix d’achat élevé, contraintes multiples et revente parfois douloureuse en moins-value).
À l’inverse, nous avons plutôt de bons retours sur le Girardin industriel (à condition qu’il soit proposé par un intermédiaire sérieux et avec des montants adaptés au client).
L’objectif n’est pas d’accumuler les dispositifs, mais de retenir ceux qui correspondent réellement à la situation de chacun.
🌍 Intégrer une dimension internationale
Selon nous, il est aussi essentiel d’internationaliser une partie de son patrimoine.
Ce n’est ni une lubie, ni une stratégie réservée aux très grandes fortunes. Dans un monde où les capitaux, les personnes et les risques circulent davantage, détenir une partie de ses avoirs hors de son seul pays de résidence peut répondre à une logique simple de diversification patrimoniale, juridique et géographique.
Cela peut passer, selon les cas, par :
un intermédiaire établi dans une autre juridiction européenne (ex. banque au Luxembourg) ;
et/ou encore une exposition aux marchés actions étrangers, notamment américains.
Mais là encore, rien ne doit être érigé en règle absolue : la bonne solution dépend toujours du profil de l’investisseur, de ses contraintes et de ses objectifs.








