Deux investisseurs peuvent détenir le même fonds, géré par la même équipe et investi dans les mêmes actifs… sans payer le même prix.
Même fonds. Même gérant. Même portefeuille. Mais pas la même facture.
💡 Cela peut sembler étrange, mais lorsqu’une société de gestion crée un fonds d’investissement, elle le décline en plusieurs catégories de parts.
Certaines sont réservées aux investisseurs institutionnels, d’autres au grand public et d’autres encore sont dites « clean share ».
Dans une part classique destinée au grand public, une fraction des frais est reversée au distributeur : banque, courtier ou conseiller.
Avec une part clean share, cette rétrocommission disparaît : le fonds ne rémunère plus celui qui le distribue.
🎙️ Le mot de Louis Beaucamp, Responsable éditorial
« À portefeuille et performance brute identiques, chaque euro de frais évité reste dans la poche de l’investisseur. C’est tout l’intérêt des parts clean share et des ETF. »
📌 Les fonds clean share en trois idées :
Une clean share est une part d’un fonds existant sans rétrocommission destinée au distributeur. Un même fonds peut donc exister en version Retail, clean share ou institutionnelle.
Moins de frais procure un avantage mécanique, pas une promesse de performance. À portefeuille identique, la part la moins chère laisse davantage de rendement net à l’investisseur. Une mauvaise gestion reste toutefois une mauvaise gestion, même débarrassée de ses rétrocommissions.
« Clean » ne signifie pas « gratuit ». Frais du fonds, éventuelle commission de surperformance, frais de l’assurance-vie et honoraires de conseil peuvent encore s’additionner. La bonne question est donc « combien me coûte toute la chaîne d’investissement ? »
Nous pouvons donc privilégier les ETF ou sélectionner un fonds actif en part clean share lorsqu’une gestion active nous paraît réellement justifiée, notamment en compte-titres et assurance-vie luxembourgeoise ou sur certaines stratégies de private equity.
Pourquoi un même fonds peut-il afficher plusieurs niveaux de frais ? Combien coûtent réellement les rétrocommissions à long terme ? Et surtout, quand une part clean share mérite-t-elle sa place face à un ETF beaucoup moins cher ?
C’est l’objet de cette édition.
🧭 SOMMAIRE
Fonds clean share : un même fonds, plusieurs factures
Fonds clean share ou ETF : pourquoi nous privilégions généralement les ETF
Small caps et private equity : quand la gestion active peut justifier son prix
Conseil indépendant : quand la rémunération ne dépend pas du fonds choisi
Fonds clean share : un même fonds, plusieurs factures
Investir en Bourse à travers un fonds d’investissement permet de déléguer à un gérant (ou suivre automatiquement un indice) la sélection et l’assemblage des actions ou des obligations en portefeuille.
Mais un même fonds peut être proposé sous plusieurs catégories de parts, qui donnent accès à la même stratégie avec des conditions et surtout des frais différents.
Il existe trois grandes familles :
les parts Retail, destinées au grand public ;
les parts clean share, sans rétrocommission versée au distributeur ;
les parts institutionnelles, généralement moins chargées en frais mais réservées à certains investisseurs ou accessibles avec des tickets d’entrée plus élevés.

💡 Attention au jargon : les lettres utilisées ne sont pas universelles. Une part « R » désigne souvent une part Retail et une part « I » une part institutionnelle, mais chaque société de gestion possède sa propre nomenclature.
Les différences peuvent aussi porter sur la devise, la couverture du risque de change, la distribution ou la capitalisation des revenus, le minimum de souscription… et surtout les frais.
La rétrocommission : un péage intégré au fonds
Prenons une part Retail classique.
Les frais sont directement prélevés dans le fonds et amputent sa valeur liquidative. Puis une partie de la rémunération peut être reversée à ceux qui ont distribué le produit : assureur, banque, courtier ou conseiller.
C’est la rétrocommission.
Elle est réglementairement documentée, mais reste beaucoup moins visible qu’un honoraire payé directement par carte ou virement. Le coût est dans le moteur : l’investisseur le supporte à travers la performance nette de son placement.
Avec une part clean share, ce péage de distribution disparaît. La société de gestion continue évidemment d’être rémunérée pour gérer le fonds, mais le prix de la part n’intègre plus de commission destinée à rémunérer sa vente.
Et la différence peut être loin d’être anecdotique.
Exemple concret
Prenons le fonds Indépendance AM Europe Mid, qui investit dans des entreprises européennes de taille intermédiaire.

Même stratégie de gestion, mais pas la même facture :
la part A (ISIN LU2798962978) affiche 1,95 % de frais de gestion annuels ;
la part I (ISIN LU2798962895) affiche 1,40 %.
Soit 0,55 point d’écart par an. Sur 100 000 € investis, cela représente environ 550 € par an, avant même l’effet cumulatif dans le temps.
Cette différence illustre notamment le poids que peut représenter la rémunération de la distribution dans les parts destinées au grand public.
Mais clean share ne veut pas dire sans frais. Ici, la part I coûte encore 1,40 % par an, auxquels peut s’ajouter une commission de surperformance.
À titre de comparaison, certains ETF indiciels permettent d’accéder aux small caps pour quelques dixièmes de pourcentage par an…
D’où la question suivante : si certains ETF permettent d’accéder aux small caps pour quelques dixièmes de frais, quand la gestion active mérite-t-elle réellement son surcoût ?
Fonds clean share ou ETF : pourquoi nous privilégions généralement les ETF
Lorsqu’un ETF permet d’obtenir simplement une exposition diversifiée à un grand marché efficient, c’est généralement notre point de départ.
Actions américaines ou européennes, marchés émergents, obligations d’entreprises ou d’États : l’offre indicielle permet aujourd’hui de construire une grande partie d’un portefeuille avec des frais très faibles.
Dans notre univers de sélection, il y a par exemple des ETF autour de :
0,12 % par an pour certains ETF MSCI World ;
0,05 à 0,07 % pour le S&P 500 ;
0,07 % pour le Stoxx Europe 600 ;
ou encore 0,18 % pour un ETF marchés émergents.
Un gérant actif facturant 1 % de plus qu’un ETF commence donc chaque année la course avec un handicap (il doit d’abord récupérer ce point de frais avant même de créer un euro de performance supplémentaire pour l’investisseur).
Exemple avec Lucya CNP et Linxea Spirit 2
Prenons deux contrats d’assurance-vie française que nous retenons régulièrement pour leurs frais compétitifs : Lucya CNP et Linxea Spirit 2.
Lucya CNP prélève 0,30 % par an sur les unités de compte et donne accès à plus de 1 200 placements, dont des ETF sans frais sur opération financière.
Linxea Spirit 2 facture pour sa part 0,50 % par an sur les unités de compte, avec des frais de transaction de 0,06 % sur les ETF.
Ces contrats proposent à la fois des ETF et de nombreux fonds actifs. Or la majorité des fonds actifs distribués au grand public intègrent une rémunération reversée au distributeur.

Les ETF fonctionnent différemment : leurs frais de gestion n’intègrent pas de rétrocommission destinée à rémunérer leur distribution.
Pour obtenir une exposition classique au MSCI World, au S&P 500 ou à l’Europe, le calcul est donc assez simple : si un ETF à quelques dixièmes de frais fait correctement le travail, nous voyons peu de raisons de lui préférer un fonds actif beaucoup plus coûteux.
💡 Une clean share améliore la facture d’un fonds actif. Elle ne rend pas automatiquement ce fonds plus intéressant qu’un ETF.
Et en assurance-vie luxembourgeoise ou sur un CTO ?
La situation change lorsque l’architecture d’investissement est plus ouverte.
En assurance-vie luxembourgeoise et, selon les intermédiaires, sur un compte-titres, il est plus facile d’accéder à des parts clean share ou institutionnelles, sans rémunération de distribution intégrée au fonds.
Mais cela ne renverse pas notre ordre de sélection.
Nous commençons toujours par nous demander si un ETF simple et peu coûteux suffit. Ce n’est que lorsque la gestion active apporte quelque chose de réellement différent (par exemple sur certains segments de small caps, des stratégies spécialisées ou le non-coté) que payer davantage peut se justifier.
La clean share intervient alors en deuxième rideau : une fois le fonds actif retenu, autant ne pas payer un péage de distribution supplémentaire.
Small caps et private equity : quand la gestion active peut justifier son prix
Sur des univers moins standardisés, plus difficiles d’accès ou nécessitant davantage de sélection, nous pouvons accepter de payer un gérant. Deux exemples reviennent dans nos allocations : les small caps et le private equity.
Small caps : accepter la gestion active, pas les frais inutiles
Il existe des ETF sur les petites capitalisations. L’iShares MSCI World Small Cap, par exemple, permet d’investir dans plusieurs milliers de sociétés pour environ 0,35 % de frais annuels.
Mais l’ETF n’est pas toujours adapté à l’enveloppe ou à l’exposition recherchée. C’est notamment le cas en PEA-PME, où notre univers de sélection ne retient actuellement pas d’ETF que nous jugeons suffisamment compétitif.
Nous utilisons alors certains fonds actifs spécialisés, notamment chez Indépendance AM. Comme nous l’avons vu plus haut, la classe de parts devient alors déterminante : si nous acceptons de payer la gestion active, nous cherchons au moins à éviter la couche de frais liée à sa distribution.
Private equity : quand il n’existe tout simplement pas d’ETF équivalent
Le raisonnement est encore plus net en private equity non coté.
Un ETF de sociétés de private equity cotées ne donne pas accès au même univers qu’un fonds investi directement dans des entreprises non cotées, ou dans des stratégies de LBO, secondaire ou dette privée.
Ici, le choix du gérant et l’accès au véhicule font partie intégrante de l’investissement.
💡 Nous travaillons notamment avec Archinvest sur plusieurs stratégies de private equity et de dette privée. Dans le cadre de notre conseil indépendant, nous ne conservons aucune commission de distribution liée aux fonds sélectionnés. Et lorsqu’une rémunération de ce type nous est malgré tout versée, elle est reversée au client.
Autrement dit, si le private equity mérite déjà des frais élevés pour rémunérer la sélection, le suivi et l’accès aux actifs non cotés, inutile d’y ajouter une couche de commission commerciale supplémentaire.
Conseil indépendant : quand la rémunération ne dépend pas du fonds choisi
En résumé, une clean share ne dit rien de la qualité d’un fonds. Supprimer la rétrocommission élimine un conflit d’intérêts important, mais ne transforme pas un fonds actif à 1,40 % en meilleur placement qu’un ETF à 0,20 %.
La vraie question reste : quel investissement mérite sa place dans le portefeuille ? Et, en amont, qui peut nous aider à le choisir sans être financièrement incité à préférer un produit plutôt qu’un autre ?
La mise en pratique avec un conseiller vraiment indépendant
Il est donc essentiel de choisir un conseiller indépendant à deux niveaux :
D’abord, une indépendance capitalistique : une architecture ouverte lui permet de sélectionner librement les banques, assureurs, sociétés de gestion et solutions d’investissement, sans être lié à un fournisseur de produits.
Ensuite, une indépendance de rémunération : le conseil est payé par des honoraires transparents, et non par les produits recommandés. Nous ne conservons pas les rétrocommissions versées par les placements sélectionnés ; lorsqu’une commission nous est malgré tout versée, elle est restituée au client.
Autrement dit, le fonds qui rémunère le mieux le distributeur n’a aucune raison de devenir celui que nous recommandons.
🎙️ Le mot de Lionel Lopez, Conseiller en gestion de patrimoine
« Un CGP rémunéré par rétrocession sera naturellement incité à choisir des fonds avec rétrocessions.
A contrario, notre modèle de rémunération par honoraires nous permet de sélectionner pour nos clients les fonds et ETFs clean-share sans rétrocessions, donc moins chargés en frais et plus performants.
Cette absence de conflit d’intérêt permet également de nous focaliser avant tout sur le besoin du client et de construire une allocation d’actif qui y répondra le mieux.
En soi une part clean share est intéressante lorsque le fonds l’est déjà, en tenant compte de la classe d’actif sous-jacente, de son l’univers d’investissement, de son niveau de risque, de sa fiscalité et de son coût total. Elle ne doit jamais servir à justifier un “produit” dont le client n’a pas besoin. »
Le bon ordre des questions
Le travail d’un conseiller en gestion de patrimoine ne consiste donc pas à empiler des produits. Il commence par l’architecture du patrimoine.
Il faut choisir les intermédiaires compétitifs, les enveloppes fiscales adaptées et les investissements qui remplissent réellement une fonction dans le portefeuille.
Puis viennent des sujets qui dépassent largement la sélection d’un ETF ou d’un fonds : régime matrimonial, crédits, structuration du patrimoine professionnel, fiscalité française ou internationale, transmission…
Selon les besoins, cette réflexion se mène avec d’autres professionnels (notaires, avocats ou experts-comptables) afin de mobiliser la bonne compétence au bon moment.
💡 Finalement, le bon ordre n’est pas : quel fonds acheter ?
C’est : quel est mon objectif, quelle stratégie permet de l’atteindre, combien coûte-t-elle au total et qui est rémunéré lorsque je la mets en œuvre ?
Les ETF, les fonds actifs et les clean shares ne sont que des outils. Le vrai sujet est de pouvoir choisir entre eux sans que la rémunération du conseiller ne change la réponse.





