CEHR et CDHR : quelles différences, quel impact et comment les anticiper pour les hauts revenus ?
Entre flat tax, CEHR et CDHR, l’imposition des revenus du capital repose sur une logique à plusieurs étages. Une mécanique qui crée des effets de seuil à anticiper.
La fiscalité des revenus du capital en France est généralement réduite à la flat tax. En pratique, pour les contribuables les plus aisés, cette lecture est incomplète.
📌 Au prélèvement forfaitaire unique (PFU) viennent s’ajouter deux mécanismes distincts :
la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR), en place depuis 2012,
et la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), introduite en 2025, et reconduite en 2026.
Leur combinaison transforme la logique d’imposition : derrière un taux facial unique, se superpose en réalité une fiscalité à plusieurs étages, dépendante du niveau de revenu et de sa composition.
Comprendre ces mécanismes ne relève pas seulement d’un exercice théorique : c’est une condition nécessaire pour anticiper les effets de seuil, éviter certaines situations subies et piloter plus finement la structuration de ses revenus.
🎙️ Le mot de Louis Beaucamp, Responsable éditorial et communication
« La flat tax a simplifié le discours sur la fiscalité, mais elle n’a pas supprimé sa complexité pour les hauts revenus.
Dès que les revenus franchissent certains seuils, d’autres mécanismes prennent le relais : la CEHR ajoute une logique de surtaxe, tandis que la CDHR introduit une contrainte de taux minimal.
Les comprendre permet d’anticiper leur impact et d’adapter la structuration de ses revenus et de son patrimoine pour en limiter les effets. »
C’est dans cette superposition que réside aujourd’hui la complexité de la fiscalité des hauts revenus.
Le cumul du PFU, de la CEHR et, le cas échéant, de la CDHR peut conduire à un niveau d’imposition sensiblement supérieur à celui généralement retenu dans les analyses rapides.
Pour certains profils, ce sont des situations ponctuelles, comme une cession d’entreprise, une distribution exceptionnelle ou un arbitrage (réallocation de placements) mal anticipé, qui exposent à ces contributions et entraînent une fiscalité sensiblement alourdie.
Mais ces mécanismes ne se limitent pas à ces configurations : la CEHR et la CDHR s’appliquent dès lors que certains niveaux de revenus sont atteints, y compris de manière récurrente.
Présentées comme « exceptionnelles » lors de leur mise en place, ces contributions pourraient, compte tenu de l’état des finances publiques, s’inscrire durablement dans le paysage fiscal.
Nous allons voir comment ces mécanismes s’articulent concrètement, et quels leviers permettent d’en anticiper et d’en maîtriser l’impact dans une stratégie patrimoniale.
🧭 SOMMAIRE
Flat tax, CEHR et CDHR : comment l’imposition peut-elle atteindre 38,6 % ?
CEHR et CDHR : quelles différences, et pourquoi peuvent-elles se cumuler ?
CEHR et CDHR : calcul et exemple concret sur 1 million d’euros de dividendes
Revenus exceptionnels, quotient et plus-values : comment la CEHR et la CDHR s’appliquent-ils ?
Comment adapter sa stratégie patrimoniale face à la CEHR et à la CDHR ?
Flat tax, CEHR et CDHR : comment l’imposition peut-elle atteindre 38,6 % ?
📊 Pour un foyer à hauts revenus, la fiscalité d’un même flux (dividendes, intérêts, plus-values, etc.) ne tient jamais sur une seule ligne : les strates s’empilent, et l’on bascule vite dans une véritable usine à gaz.
En cumulant toutes les couches fiscales, l’imposition d’un revenu du capital peut monter jusqu’à 38,6 % (voire davantage dans certaines configurations, notamment en cas d’option pour le barème progressif).
L’enjeu patrimonial n’est donc pas seulement de constater la facture, mais d’anticiper le franchissement de ces seuils :
Arbitrage entre trésorerie et rémunération du dirigeant (salaire et/ou dividendes), calendrier d’une cession, distinction entre revenus ordinaires et revenus exceptionnels, et recours au quotient lorsqu’il est applicable.
Pour les foyers proches des seuils de la CEHR ou de la CDHR, quelques milliers d’euros de revenus mal pilotés peuvent donc coûter bien davantage qu’ils ne rapportent.
CEHR et CDHR : quelles différences, et pourquoi peuvent-elles se cumuler ?
⚖️ Au-delà de l’augmentation de la flat tax, comment, concrètement, la CEHR et la CDHR viennent-elles s’ajouter à l’imposition existante ?

Pour y voir clair, il faut distinguer deux logiques : d’un côté, une surtaxe sur les hauts revenus ; de l’autre, un mécanisme de rattrapage destiné à garantir un niveau minimal d’imposition.
La CEHR : une surtaxe exceptionnelle déjà ancienne
🧾 Instituée par la loi de finances pour 2012, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) est codifiée à l’article 223 sexies du CGI.
Son barème est relativement lisible :
3 % sur la fraction du revenu fiscal de référence comprise entre 250 000 € et 500 000 € pour une personne seule, et entre 500 000 € et 1 M€ pour un couple ;
4 % au-delà de ces seuils.
Exemple concret : Jean, célibataire, avec 300 000 € de revenu fiscal de référence.
La CEHR s’applique uniquement à la fraction supérieure à 250 000 € = 50 000 € × 3 % = 1 500 € de CEHR.
En revanche, si Jean avait un revenu fiscal de référence de 600 000 € :
250 000 € × 3 % = 7 500 €.
100 000 € × 4 % = 4 000 € → soit 11 500 € de CEHR au total.
En pratique, cela signifie que même depuis l’introduction de la flat tax en 2018, la fiscalité des dividendes n’a jamais été réellement « flat » pour certains contribuables.
La CDHR : un nouvel étage dans la fiscalité des hauts revenus
🧾 Instaurée par la loi de finances pour 2025, la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) est codifiée à l’article 224 du CGI.
Elle vise les contribuables fiscalement domiciliés en France dont le revenu de référence (après retraitements) dépasse 250 000 € pour une personne seule ou 500 000 € pour un couple, lorsque leur taux moyen d’imposition reste inférieur à 20 %. Dans ce cas, la CDHR vient combler l’écart.
Autrement dit, la CDHR n’est pas une surtaxe autonome comparable à la CEHR : c’est un mécanisme de rattrapage.
Un mécanisme de décote a en outre été prévu pour lisser l’entrée dans le dispositif et éviter un effet de seuil : tant que le revenu retenu n’excède pas 330 000 € pour une personne seule ou 660 000 € pour un couple, la montée en charge de la contribution est progressive.
Cumul des impositions
Les différentes strates d’imposition se superposent :
18,6 % de prélèvements sociaux.
12,8 % d’impôt sur le revenu au titre du PFU ; la CEHR pour les hauts revenus ; puis, le cas échéant, la CDHR qui vient compléter l’imposition jusqu’au seuil minimal de 20 %.
Autrement dit, les prélèvements sociaux ne sont pas pris en compte dans ce plancher de 20 %.
Nous ne sommes donc plus dans une flat tax uniforme et prévisible, mais dans une fiscalité à plusieurs étages (sensible au niveau de revenu et à sa composition).
CEHR et CDHR : calcul et exemple concret sur 1 million d’euros de dividendes
🧮 Prenons l’exemple volontairement simplifié d’Alexandre, célibataire et sans enfant, dirigeant de société. Il se verse 1 million d’euros de dividendes.
Sous l’hypothèse d’une imposition au PFU de 31,4 %, la première couche d’imposition correspond à la flat tax :
18,6 % de prélèvements sociaux, soit 186 000 €.
12,8 % d’impôt sur le revenu, soit 128 000 €.
À ce stade, l’imposition totale atteint 314 000 €.
Comme son revenu dépasse 250 000 € pour une personne seule, Alexandre est également soumis à la CEHR. Celle-ci s’élève à :
3 % sur la fraction comprise entre 250 000 € et 500 000 €, soit 7 500 €.
4 % sur la fraction comprise entre 500 000 € et 1 000 000 €, soit 20 000 €.
La CEHR atteint 27 500 € au total.
Enfin, la CDHR vise à assurer une imposition minimale de 20 % pour les plus hauts revenus. Pour un contribuable célibataire, elle correspond à la différence positive entre :
20 % du revenu retenu, soit ici 200 000 € ;
et la somme de l’impôt sur le revenu et de la CEHR, soit 128 000 € + 27 500 € = 155 500 €.
Il manque donc 44 500 € pour atteindre ce seuil de 20 %. C’est ce montant que vient combler la CDHR.
➡️ Au total, la facture fiscale atteint donc :
314 000 € de PFU.
27 500 € de CEHR.
44 500 € de CDHR.
Soit 386 000 € au total, c’est-à-dire 38,6 % de prélèvements sur 1 million d’euros de dividendes.
Revenus exceptionnels, quotient et plus-values : comment la CEHR et la CDHR s’appliquent-ils ?
🔍 En cas de revenu exceptionnel (typiquement une vente d’entreprise), il est parfois possible de lisser l’imposition, à condition d’en faire la demande (ces mécanismes ne sont pas automatiques) :
Pour l’impôt sur le revenu → il s’agit du système du quotient (CGI, art. 163-0 A ; BOFiP BOI-IR-LIQ-20-30-20). Encore faut-il opter pour le barème progressif, ce qui n’est pas toujours la solution la plus avantageuse.
Pour la CEHR → un mécanisme d’atténuation spécifique existe lorsque le revenu fiscal de référence de l’année est au moins égal à 1,5 fois la moyenne des deux années précédentes (CGI, art. 223 sexies, I, 1 et II, 1).
Pour la CDHR → sous certaines conditions, les revenus qui ne sont pas susceptibles d’être recueillis annuellement sont retenus pour le quart de leur montant (CGI, art. 224, II ; IV, A, 1° ; IV, B, 3°).
Ces mécanismes sont indépendants les uns des autres, mais ils poursuivent tous le même objectif : éviter qu’un pic ponctuel de revenu soit traité comme le révélateur d’un niveau de hauts revenus normalisé sur l’année.
➡️ Si nous reprenons l’exemple précédent d’Alexandre, avec des revenus antérieurs de 50 000 €, 100 000 € puis 200 000 € :
Le PFU demeure, dans notre hypothèse, plus avantageux que le barème progressif (le système du quotient ne peut donc pas s’appliquer à l’impôt sur le revenu).
Le lissage propre à la CEHR peut, lui, s’appliquer et réduire la contribution de 27 500 € à 21 000 €, soit 6 500 € d’économie.
À l’inverse, le mécanisme d’atténuation prévu pour la CDHR n’aurait pas vocation à s’appliquer ici. Dans notre hypothèse, Alexandre perçoit des dividendes versés de manière ordinaire et régulière, que l’on ne retiendra donc pas, en l’espèce, comme un revenu exceptionnel par nature.
Autrement dit, un dividende exceptionnel par son montant n’est pas nécessairement exceptionnel par sa nature : tout dépend de l’impôt concerné et des conditions propres à chaque mécanisme.
Comment adapter sa stratégie patrimoniale face à la CEHR et à la CDHR ?
🛠️ Dès que vous déplacez votre capital (par un arbitrage, une vente ou un dividende), une partie peut s’évaporer sous forme de fiscalité.
L’enjeu n’est donc pas seulement d’optimiser la performance (choisir les meilleurs placements et intermédiaires), mais aussi de minimiser cette « entropie fiscale ».
Voici les leviers concrets pour discipliner vos flux et protéger votre stock.
Maîtriser les flux via la structuration en société
Pour un dirigeant d’entreprise et/ou un investisseur significatif, détenir ses actifs en nom propre revient à subir de plein fouet l’immédiateté de la fiscalité.
🎙️ Le mot de Nicolas Decaudain, Président
« Une holding patrimoniale peut constituer un véritable coffre-fort patrimonial : elle permet de piloter plusieurs sociétés, de moduler les flux entre rémunération et dividendes, de structurer plus efficacement la détention de participations, d’organiser la cession de filiales et de préparer la transmission intergénérationnelle du patrimoine. »
Mais une holding ne supprime pas l’imposition. Elle permet surtout de la différer, de la séquencer et de mieux en répartir la charge dans le temps.
Attention toutefois, en l’absence d’un volume d’activité suffisant, de plusieurs sociétés à coordonner ou d’un véritable projet patrimonial, elle peut au contraire devenir un montage coûteux, lourd à administrer et contre-productif.
Privilégier les enveloppes de capitalisation étanches
🛡️ L’assurance-vie, le contrat de capitalisation et le plan d’épargne en actions (PEA) permettent de capitaliser sans exposer chaque mouvement à l’impôt. Tant que les gains restent dans l’enveloppe, ils peuvent être réinvestis sans frottement fiscal immédiat.
Contrairement au compte-titres ordinaire (CTO), un arbitrage interne n’emporte donc pas de taxation : vous pouvez vendre une ligne, en racheter une autre, encaisser des revenus et les réallouer sans cristalliser immédiatement l’impôt.
C’est tout l’intérêt d’une enveloppe capitalisante : l’imposition est déclenchée au moment du retrait, et non au fil des mouvements internes. En repoussant la friction fiscale, cela permet de faire croître le capital dans de meilleures conditions sur longue période.
L’assurance-vie et le contrat de capitalisation conservent en outre un régime distinct : les gains n’étant pas concernés par la hausse des prélèvements sociaux à 10,6 % applicable à d’autres revenus du capital.
Substituer la vente par le crédit
Financer son train de vie sans céder ses actifs : voilà une stratégie patrimoniale de plus en plus accessible.
Plutôt que de vendre ses placements pour répondre à un besoin de liquidité (et déclencher, à cette occasion, l’imposition de la plus-value), il est possible d’utiliser son patrimoine financier comme garantie afin d’obtenir une ligne de crédit lombard.
➡️ L’intérêt est double :
aucune cession n’est réalisée, ce qui évite de cristalliser immédiatement la fiscalité sur la plus-value ;
le portefeuille reste investi, et peut donc continuer à capitaliser.
Les conditions d’un crédit lombard dépendent principalement de trois facteurs : la réglementation applicable à la banque, l’enveloppe d’investissement utilisée et les conditions commerciales de l’établissement.
En pratique, le ticket d’entrée peut varier de 10 000 € à plus d’un million d’euros selon les banques, tandis que le taux est généralement indexé sur l’€STR (auquel s’ajoute une marge bancaire plus ou moins élevée selon le montant investi et le profil du dossier).
À cet égard, les cabinets de conseil en gestion de patrimoine disposant d’encours significatifs sont en mesure de négocier des conditions plus favorables pour leurs clients.
Internationaliser pour diversifier les risques juridiques
🌍 Internationaliser une partie de ses avoirs ne consiste pas à fuir la France, mais à diversifier ses risques juridiques, opérationnels et bancaires.
Concrètement, cela peut signifier :
détenir une partie de ses actifs auprès d’un établissement établi dans une autre juridiction reconnue pour l’excellence de ses services financiers (par exemple au Luxembourg, en Suisse ou en Irlande) ;
et renforcer son exposition à des marchés étrangers, notamment américains.
Cette logique relève d’une prudence patrimoniale élémentaire : si nous diversifions déjà les familles d’investissement et les devises, il est cohérent de diversifier aussi les intermédiaires et les cadres juridiques.
Cela ne constitue ni une règle absolue ni une stratégie réservée aux très grands patrimoines. Comme toujours, tout dépend du montant à investir, des objectifs poursuivis et du degré de sophistication patrimoniale recherché.





